Traitement du cancer : les Toxines de Coley ressortent des cartons

Nous sommes encoley 1890  à  New York.  Il fait nuit.  Le  Dr William Coley se tourne et se retourne dans son  lit.  La veille, ce jeune chirurgien de 28 ans a, pour la première fois,  vu  mourir  une  de  ses  patientes. Cette patiente, Elizabeth Dashiell, est  morte  d’un cancer des os. Et le Dr Coley  est  submergé par un sentiment de culpabilité et d’impuissance.

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Un jeune de 16 ans sauvé du cancer

Le premier patient à recevoir les Toxines de Coley fut le jeune  John Ficken,  un garçon de 16 ans atteint d’une tumeur abdominale massive. Le 24 janvier 1893, il reçut sa pre-mière injection, qui fut répétée ensuite tous les deux ou trois jours, directement dans la tumeur.  A  chaque injection, il faisait une poussée de fièvre… et  la  tumeur  régressait. Dès  le  mois de mai 1893, soit 4 mois plus tard, la tumeur n’avait plus qu’un cinquième de sa taille originelle. Au  mois  d’août,  elle  n’était pratiquement plus perceptible. John Ficken fut définitivement guéri du cancer (il mourut 26 ans plus tard d’un infarctus).

Comment cette découverte fut tuée dans l’œuf

Mais les Toxines de Coley se heurtèrent à un redoutable « concurrent » : le développe-ment des machines à rayons radioactifs (radiothérapie),  plus  facilement  industrialisa-bles. Coley lui-même s’équipa de deux machines de radiothérapie. Mais il conclut rapi-dement à leur moindre efficacité. Pendant quarante ans, il continua à utiliser avec suc-cès les Toxines de Coley,  jusqu’à  sa mort le 16 avril 1936. Le formidable business de  la chimiothérapie prit ensuite  le  relais pour garantir que ce remède, bien plus simple, moins dangereux, et surtout beaucoup moins coûteux,  reste  dans les oubliettes de la médecine.

1999 : les Toxines de Coley ressortent des cartons

L’histoire ne s’arrêta pas là, heureusement.  En  1999,  des chercheurs ouverts d’esprit reprirent les archives laissées par le Dr Coley.  Ils comparèrent ses résultats avec ceux des  traitements  les  plus  modernes  contre  le  cancer. Et  ils  s’aperçurent  que  ses résultats étaient supérieurs !

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La  moitié  des  patients de Coley touchés par le sarcome vivaient dix ans ou plus après le début du traitement, contre 38 % avec les  thérapies  les plus récentes. Ses résultats auprès des patients malades du cancer des reins et du cancer des ovaires étaient éga-lement supérieurs.

Un grand espoir pour les patients malades du cancer

Aujourd’hui, une société américaine, MBVax, a repris les recherches sur les Toxines de Coley.  Bien  qu’elle  n’ait  pas encore mené les études à grande échelle nécessaires à leur commercialisation, 70  personnes  ont  bénéficié  de  cette  thérapie  entre 2007 et 2012.  Les  effets ont été si positifs que la grande revue scientifique Nature s’en est fait l’écho au mois de décembre 2013 [1].  L’information a également été reprise par le ma-gazine français  Le Point,  le 8 janvier 2014 [2].  Les personnes qui ont pu bénéficier de cette thérapie  non-homologuée  étaient  des  personnes  touchées par des cancers en phase terminale, dont des mélanomes, des lymphomes,  des tumeurs malignes dans le sein, la prostate, les ovaires. Il  est d’usage en effet dans les hôpitaux de permettre aux personnes dans des situations très difficiles de se  tourner  vers des thérapies innovan-tes, qui sont refusées aux autres.

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Le problème auquel la compagnie se heurte aujourd’hui est que, pour mener les essais à grande échelle exigés par la réglementation actuelle  et  construire  une  unité de pro-duction aux normes européennes ou nord-américaines, les  besoins de financement se chiffrent en… centaines de millions de dollars.  Ce  qui  était  possible  en 1890 dans le cabinet d’un simple médecin new-yorkais passionné par sa mission est aujourd’hui de-venu quasi-impossible dans notre monde hyper-technologique  et  hyper… étouffé par les réglementations.

Espérons  qu’un  chercheur  saura  trouver  les  arguments  propres  à  convaincre  les experts des comités qui président à l’avenir de notre système de santé, qu’un peu d’au-dace  et  un  peu de liberté sont indispensables pour permettre le progrès et sauver des vies.  Mais  ça,  je  doute  que  les  bureaucrates  qui  nous gouvernent le comprennent facilement.

SourceTilak RAJ

_________________________

Notes :

[1] DeWeerdt S. Bacteriology : A caring culture. Nature 2013 Dec 19;504(7480):S4-S5.

2] Ce vaccin contre le cancer… qui ne sera pas commercialisé

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