Un p’tit bouillon de poulet ?‏

oitarpIDans la grande traversée de la vie, il y a parfois des histoires fabuleuses comme celle d’Oitarp,  qui me fut envoyée par Síncín Mór Mc Uilean, et que je tiens à partager avec vous :

«Cher ami, Je te raconte l’histoire d’Oitarp, un vieux chasseur inuit qui m’a lui-même relaté les faits suivants tel que vécus.  Il y a plusieurs  années, au début de la chasse au caribou, Oitarp partit de chez lui, laissant femmes, enfants, et  amis afin de s’adonner  à ce qu’il savait faire de mieux : traquer les hordes de caribous et ramener de la viande pour tout le hameau.  Chaque année, Oitarp menait sa chasse avec succès et assurance.

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Oitarp entame donc ses préparatifs avec soin.  D’hiver en hiver, il a acquis l’expérience de la vie, de la chasse et de la survie dans la grande plénitude de neige et de glace.  Au matin d’un jour venteux, il annonce son départ à ses proches qui lui promettent de l’attendre pour la fête du caribou.  Heureux et pleinement confiants, ils savent tous qu’Oitarp ramènera une bête superbe. Oitarp s’engouffre donc vers son territoire de chasse dans la faible lumière du Grand Nord.  Il en aura pour deux jours à avancer vers le passage du troupeau, dans un canyon rocheux où le vent empêche toute accumulation de neige.  C’est là qu’il se tient à l’affût.

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oitarp5Parvenu à destination,  il s’installe sommairement et passe la nuit sous la tente après avoir fait un feu et mangé du poisson séché.  Le lendemain, il est réveillé par une douleur qu’il ne peut expliquer que par le poisson qu’il a mangé la veille.  Pas de doute, il s’est empoisonné avec de la nourriture avariée. Jamais il n’a eu affaire à ce genre d’affection mais il sait, pour en avoir vu d’autres que lui aux prises avec cette maladie, que cela peut dégénérer.  Au milieu du grand désert blanc, le chaman qui lui a offert son amulette ne peut lui offrir son assistance.  Il doit compter sur lui-même pour non seulement se remettre sur pied mais pour assurer la chasse qui est si importante pour sa famille.

loup1La douleur ne le quittera pas, il le sait bien,  à moins d’y remédier.  Le chaman avait déjà recommandé à son cousin la lente mastication et l’ingestion d’un lichen rouge vif afin d’éradiquer tout effet néfaste résultant de l’absorption de poisson avarié.  Or, ce lichen pousse à l’entrée du canyon, Oitarp en a vu sur les rochers l’été précédent.   Cependant, il devra marcher dix heures pour parvenir à cet endroit.  Les nuages à l’horizon se font menaçants, le vent s’est levé.  Oitarp resterait au chaud dans sa tente mais il doit atteindre l’entrée du canyon car la maladie et les éléments pourraient avoir raison de lui.  Il enfile donc ses raquettes et sort péniblement de la tente.  Les nuages ont migré vers le canyon et le vent hurle la tempête qui viendra sûrement s’abattre  dans quelques temps.

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Pendant des heures, Oitarp marche face au vent dans ce canyon qu’il connaît si bien, dans ce canyon où accourt, années après années les hordes de caribous qui assurent depuis toujours la subsistance de la communauté d’où est issu Oitarp.  La marche est difficile, pénible, harassante mais le vieux chasseur affaibli avance vers son but.  Armé par la vie, par sa détermination, par les images de ses proches qui l’attendent pour la fête prochaine, et  sa carabine en bandoulière, les loups et les ours n’ont qu’à bien se tenir.  Si les lanières des vieilles raquettes d’Oitarp  peuvent tenir bon contre le vent qui souffle d’épaisses lames de neiges sur le passage du chasseur…  Les lanières ne lâchent pas malgré la lourdeur des foulées du chasseur.  Oitarp parvient à l’entrée du canyon.  Il repère un rocher nu sur lequel s’accroche le lichen qu’il recherche.  À la lueur d’une pleine lune qui se glisse entre les nuages, il gratte à mains nues une petite poignée de lichen qu’il mâche tant bien que mal tant son visage est  gelé.  Puis il tombe de fatigue dans une anfractuosité rocheuse .

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Quand il se réveillera, la tempête aura cessé et aura emporté son mal.  En se relevant, il constatera qu’il s’est couché sur un terrier de lièvre des neiges. Privé d’accès à son refuge, le lièvre est mort dans la tempête au pied d’Oitarp.   Il s’en nourrira et retournera à l’affût du caribou.  La chasse sera fructueuse pour le plus grand bonheur des parents et amis d’Oitarp.

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Quand j’ai rencontré Oitarp, il avait plus de 80 ans.  En me racontant cette histoire, l’émotion se lisait sur son visage malgré les années passées.  Nous avons soufflé doucement sur nos thés chauds et je lui ai demandé où il avait trouvé la force de survivre à cette journée-là.  Il m’a dit : «  Je me suis enfoui la tête dans les épaules, j’ai regardé par terre et j’ai avancé, pas à pas… sans me poser davantage de défi  que celui de mettre un pied devant l’autre en sachant que dans chaque foulée s’inscrivait ma vie et mes espoirs. »

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Je te raconte cette histoire de courage mon ami  parce que, tel Oitarp, ton chemin devient peut-être plus difficile, plus sinueux.  Néanmoins, le moyen de parvenir à bon port reste toujours le même : un pas à la fois, chaque pas étant une victoire en soi.  Si un vieux chasseur inuit y est arrivé, tu le peux aussi. Nous t’attendons tous pour la fête du caribou.»

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