Mon voisin, le curé des «Grands bois»

PJDans le hameau où je réside, nous sommes quelques maisons disséminées à l’orée de l’immense forêt laurentienne. Cabanes oubliées aux confins de la civilisation occidentale, nous partageons notre existence avec les chevreuils, les loups, les ratons laveurs et avec une cinquantaine d’oiseaux et autres animaux sauvages. À quelques maisons de chez moi, vit mon voisin le curé et son compagnon, un dogue poilu aux crocs bien acérés qui l’accompagne partout.

Ce jour là j’avais eu à combattre de puissantes poussées de fièvre dans la journée et au cours de la nuit. En matinée je décidai d’aller marcher pour me changer les idées. Je pris ma cane et mon parapluie pour me protéger des rayons du soleil et commençais à avancer péniblement, le souffle court. Au bout d’un moment j’entendis marcher derrière moi. C’était le curé qui venait vers moi avec son chien. Une fois à mes côtés il me salua puis me lança : « Attention à ne pas attraper un coup de soleil ». Je lui bredouillai un « Non, pas de problème » et il poursuivit sa route et moi la mienne. Je ne me sentais pas trop bien en fait en dedans ça devait ressembler à ceci:

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Une quinzaine de minutes plus tard j’arrivais devant notre maison. Le premier soleil printanier avait rassemblé quelques voisins qui discutaient après le long hiver. Je me joignis au groupe qui s’informa de ma santé. C’est alors que le curé, qui s’était joint au groupe compris pourquoi je me promenais avec un parapluie. C’était à cause de la chimio bien sur ! Il était mal à l’aise et s’excusa de sa plaisanterie, s’informa de ma santé. Je le rassurais, il n’y avait aucun problème, mais finalement je préférais rentrer car j’étais fatigué…

thermoLa nuit fut chaotique avec de fortes fièvres, je n’avais d’autre choix que de me rendre en ville pour entrer à l’urgence. Ma compagne Ginette fit le chemin en une heure et demie, et à 14 heures nous arrivions à l’urgence de l’hôpital. Comme nous étions la veille de Pâques je me disais qu’il faudrait s’armer de patience, car durant les fêtes le personnel est toujours forcément plus restreint dans les hôpitaux québécois. En fait tout se passa très bien, mon oncologue qui est type formidable, fit bientôt son apparition et recommanda un scan de l’abdomen pour voir s’il n’y avait pas d’infection suite à l’embolisation. Le médecin de garde me fit passer une batterie de tests sanguins, rayons x, prélèvements urinaires.  Verdict : aucune infection ne fut trouvée, mais le médecin constata qu’une partie de mon foie était mort suite à la dernière opération, ce qui en soit est une excellente nouvelle. Ma quatrième opération restait donc prévue pour le début mai. Il était 22 heures quand Ginette et moi quittèrent l’hôpital. On décida de dormir en ville et de retourner à la campagne le lendemain. Dans la nuit je fus pris d’une crise de grelottement intense comme je n’en avais jamais vécue de ma vie. Je gobais une pilule de tylenol tel que prescrit par le médecin et continuai à grelotter intensément pendant une demie-heure, puis je m’endormis. Au matin ça allait mieux, on pris alors le chemin de la campagne. I

Ce chaman de curé

soleilEn ce matin de Pâques le soleil plombait sur la campagne. Ce premier soleil printanier nous incita, Ginette et moi à prendre la clef des champs. Nous avons marché. un long moment sur le chemin de terre boueux. Soudain une voiture s’arrête, c’était encore le curé! Décidément je ne l’avais jamais tant vu ! En effet depuis quinze ans, je l’ai peut-être rencontré une fois par année et nous n’avons jamais eu de conversation très étoffée. Par contre cette fois-ci, il coupa le moteur de son Jeep et on a discuté une bonne grosse demi-heure. Il promit qu’il passerait me voir en fin de journée. En le quittant je ne pus m’empècher de penser à ces vers de Brassens :

Le ciel en soit loué, je vis en bonne entente
Avec le père Duval, la calotte chantante
Lui le catéchumène, et moi, l’énergumène
Il me laisse dire merde, je lui laisse dire amen

À l’apéro le curé cogna à la porte, tel que promis. Notre fils Lucien était présent et nous recevions des amis. Il refusa un verre de vin, prétextant qu’en cette journée de Pâques il était très occupé. Il me proposa de marcher dehors avec lui. Je le suivais intrigué… On discuta longtemps. Il était surpris par ma foi, même si personnellement je ne suis pas un catholique pratiquant et que même si je suis baptisé je ne m’identifie à aucune religion, car je pense que les croyants de quelques religions que se soit prient tous le même Dieu. Il en vint quand même à me proposer une médaille, de Saint-Pérégrin, le Saint-patron des cancéreux et des sidéens. Un saint dont je n’avais jamais entendu parlé avant.

ST PeregrinD’après la notice, je remarquais qu’il était natif de Forli en Italie, un endroit que Ginette et moi avions visité en 1979. Le curé m’avoua qu’il ne croyais pas au hasard et me proposa un nouveau baume. Il sortit alors de ses poches une petite boîte ronde, vraisemblablement en or ou étaient gravées les lettres O. I sur le couvercle. Il m’expliqua que cette huile de guérison était destinée aux malades. Il me demanda si je souhaitais qu’il m’en applique sur le corps. – Après tout pourquoi pas ? Il parut vraisemblablement surpris par ma réponse. Il m’expliqua qu’il devait me bénir mais avant il me demanda si je n’avais pas des choses sur la conscience ? Qui n’en a pas ? Il ouvrit alors sa boîte en or et m’appliqua son baume sur le front, puis sur les poignets, tout en traçant des croix et en récitant une prière. Je me sentis bien et le remerciai, tout en l’avertissant que «je ne deviendrai jamais catho» !  Je lui confiais par ailleurs, que mes enfants n’étaient pas baptisés et que mon épouse était apostate. Il admit en effet que la religion catholique était très compliquée avec ces trois personnes qui forment la Sainte Trinité. En rentrant à la maison je me sentais en forme…

amerindiensAujourd’hui en repensant à tout ça il me vient à l’esprit les écrits fabuleux contenus dans les Relations des jésuites , ces Robes noires qui parcouraient l’Amérique au XVIIe siècle pour convertir les autochtones et dont les écrits ont longtemps bercé mon quotidien. Je repense aussi à Julien l’Apostat qui m’a accompagné durant mes études universitaires et à ses dernières paroles qui furent Vicisti, Galilæe « Tu as vaincu, Galiléen ! ». Bref ce chaman de curé a réussi un tour de force; celui de me bénir, de me confesser, et de m’administrer l’Extrême onction. Pas mal pour une famille où le père est non pratiquant, la mère apostate, et où les enfants ne sont pas baptisés! Mais sans doute en va-t-il ainsi de la magie de Pâques, cette fête chrétienne empreinte de paganisme et qui marque la résurrection. Un pas de plus vers la guérison…

route

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4 commentaires

  1. Bonsoir mon Pierre-Jacques,
    Quelle belle histoire avec ce brave curé, il t’a donné beaucoup de forces et d’amour, à venir au devant de toi dans la neige et le froid en dehors de son église.
    J’admire ton courage pour affronter ces souffrances physiques. On voit comment l’organisme réagit violemment par les fortes fièvres contre la médecine chimique et les interventions chirurgicales.
    Ginette et tes enfants et tes amis prennent soin de toi à leur mesure, et c’est très précieux d’avoir autant de soutien, mais repose toi au maximum mon Cousin.
    Je vous embrasse tous de tout cœur.
    Chantal

    Aimé par 1 personne

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