Quand la lumière est au bout du tunnel…

pierreParmi les facultés extraordinaires de notre cerveau, il y en a une qui consiste à faire ressurgir des souvenirs enfouis depuis des années dans notre inconscient.  Ainsi en est-il des histoires de notre enfance, symboles oubliés mais combien vivaces !

Cette histoire me fut racontée, il y a plus d’un demi-siècle et  je souhaite la dédier à toutes les personnes qui doutent de voir un jour la lumière au bout du tunnel.

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Mon père était un homme qui avait bourlingué aux quatre coins de la planète et qui adorait raconter des histoires, mais pas n’importe quelles sortes d’histoires; des histoires du genre, le laboureur et ses enfants, le loup et l’agneau, la poule aux œufs d’or, Barbe bleue, ou  la Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf.  Bref des histoires qui avaient une morale à la fin, comme une sorte de message pédagogique codé au fil des siècles à l’attention des enfants du futur.

À cette époque, nous n’avions pas la télévision et quand papa nous racontait une histoire, les enfants se pressaient autour de lui pour entendre ces contes que nous connaissions par cœur.  Celui que j’ai choisi de vous raconter est peu connu et il s’intitule «Deux petites grenouilles», de Natha Caputo. Comme toutes les histoires, elle commence par «il était une fois»…

Il était une fois deux petites grenouilles qui vivaient dans un même étang. L’une d’elle était courageuse, travailleuse et gaie ; tandis que l’autre était peureuse, paresseuse et de caractère maussade. Pourtant elles s’entendaient très bien, ces deux grenouilles…
Un soir, elles sortirent faire un petit tour et, tout en se promenant, elles aperçurent une maisonnette.
– Allons voir de plus près, proposa la première grenouillette.
Sous la maison, il y avait une cave, et, de cette cave, venait une odeur délicieuse. Cela sentait le moisi, l’humidité, les champignons, juste une odeur pour plaire aux grenouilles.
– Hum ! Que ça sent bon ! dit la deuxième grenouille.
Elles passèrent par le soupirail et se mirent à jouer. Elles sautaient sur les tonneaux, jouaient à cache-cache parmi les bouteilles, les pots, et s’amusaient vraiment beaucoup quand, tout à coup, elles glissèrent et tombèrent toutes les deux dans une jarre pleine de crème.
grenouillesLes grenouilles sont bonnes nageuses, comme chacun sait, mais elles avaient beau agiter leurs pattes, elles ne parvenaient pas à grimper contre les parois lisses et glissantes de la jarre ; elles retombaient continuellement.
La grenouille paresseuse et peureuse se découragea vite :
– À quoi bon lutter, dit-elle. Je vais me fatiguer en vain. Autant en finir tout de suite.
– Mais non, disait l’autre, nage, ne perds pas courage !
– Non, non, disait la paresseuse. Tant pis j’abandonne… Et puis cette crème est trop écœurante…
Elle se laissa couler et se noya.
L’autre grenouille continuait à se débattre de toutes ses forces. Elle essayait de grimper sur la paroi de la jarre, glissait puis recommençait sans se lasser.
– Je ne veux pas me noyer, se répétait-elle… Allons, un peu de courage !
Mais ses forces diminuaient. La tête commençait à lui tourner :
– Vais-je vraiment me noyer ? Se disait-elle. Allons, encore un petit effort. On n’a jamais vu une grenouille périr dans un pot de crème !
beurreEt elle agitait, agitait les pattes, malgré la fatigue qui l’envahissait de plus en plus. La grenouille semblait perdue.
Et quelque chose changea soudain : la crème n’était plus ni molle, ni liquide, la crème n’était plus crème ; les pattes de la grenouille n’enfonçaient plus mais pouvaient prendre appui sur une base solide.
La grenouille regarda autour d’elle : elle était assise sur du beurre.

Ce très beau texte de Natha Caputo a été publié en 1954 et il est tiré des Contes des quatre vents.  Merci papa de me l’avoir fait connaitre, puisse t-il vous aider à voir la lumière au bout du tunnel…  Rien à voir toutefois avec les grenouilles des TAC, mais bon un peu d’humour parfois ça soulage…  Soyez heureux !

tac

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