chimio

Quand le cancer rencontre le phénix

p3Toutes les personnes qui sont touchées par le cancer savent à quel point cette maladie transforme notre humanité.  Elle agit sur toutes les sphères de notre vie : physique, mentale, émotionnelle et spirituelle.  Elle nous force également à considérer l’échéance et à regarder la mort droit dans les yeux.

Face à la maladie, la plupart des gens acceptent de recevoir des traitements de chimio, de radiothérapie d’hormonothérapie, ou choisissent les «soins alternatifs» avec tous les risques que cela comporte. Enfin d’autres malades, pour toutes sortes de raison, préfèrent ne plus suivre de traitements et d’attendre la mort. – C’est le choix de chacun, peut-être même la destinée?

soLe cancer nous permet également de faire le point sur notre être, sur le chemin parcouru au cours de notre vie terrestre.  Chemin qui est bien loin d’égaler celui du phénix, cet oiseau mythique qui disait-on, vivait cinq cent ans. Selon la tradition, le phénix était originaire de l’Inde.  Sentant sa fin venir il quitta son pays pour rejoindre la forêt du Liban, puis Héliopolis, la ville du soleil, en Égypte. Il arriva dans cette ville les ailes chargées de branches aromatiques, afin de s’y construire un nid.

phenix1phenix3Après s’être posé sur l’autel des sacrifices il construisit son nid avec les branches aromatiques qu’il avait apportées.  Il y déposa de la myrrhe, de l’encens, des feuilles de laurier, des brins de nard doux, de la cinnamone, puis il y mis le feu avant d’être consumé par les flammes.

Trois jours plus tard il renaissait de ses cendres, et en ce sens il rappelle d’ailleurs étrangement la résurrection du Christ qui : ressuscita le troisième jour, conformément aux Écritures (I Cor 15,4)…

La puissance de ce symbole nous vient du fond des âges; ainsi Bénou, le phénix de la mythologie égyptienne était adoré à Héliopolis, la ville de Ré. Le livre des morts dit de lui « Je suis l’Oiseau Bénou, l’Âme/cœur de , le Guide des Dieux vers le Douât ». Bénou est également lié à Atoum, le dieu du soleil couchant.

reChacun regarde le prisme de la vie à sa façon. On peut choisir de voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Personnellement j’ai choisi de le voir à moitié plein, et je pense que la symbolique de du phénix mérite d’être utilisée comme un outil pour vaincre le cancer.

D’un point de vue métaphysique on peut considérer cet oiseau comme étant le symbole de l’âme et de la résurrection, mais aussi comme le triomphe de l’esprit et de la lumière sur la matière, la maladie et sur la mort.

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Les plumes de la synchronicité

CapitoulVivre avec le cancer est une bien curieuse chose, cependant la maladie est pour moi une véritable source d’inspiration et d’éveil. Elle me permet notamment d’envoyer valser cette fameuse pensée cartésienne qui tend à tout rationaliser et à tout expliquer et à m’ouvrir à l’invisible et aux signes qui nous entourent mais que l’on ne prend pas le temps de voir lorsque l’on est en bonne santé car on est pris dans la tourmente de la vie quotidienne, qui nous cannibalise jour après jour.
Durant les séances de chimio qui durent trois jours et qui se répètent à chaque deux semaines il se passe toujours des choses étonnantes, des synchronicités dont j’ai déjà parlé ici. Ainsi vendredi, alors que j’étais à l’hôpital avec ma fille Cloé pour une prise de sang, elle m’a suggéré après l’examen que nous allions manger à la cafétéria de l’hôpital. Après avoir commandé on s’assoit donc tous les deux à une table; à côté de nous il y avait un docteur que j’avais vu lors de ma dernière opération. Il était le médecin de Monsieur. J., un patient plutôt mal en point avec qui je partageais la chambre. Monsieur. J., avait été opéré de l’estomac et j’ai très vite senti qu’il avait perdu tout désir de vivre. À plusieurs reprises j’ai essayé de remonter cet athlète à peine plus âgé que moi et quand j’ai eu mon congé de l’hôpital j’ai essayé une dernière fois de lui redonner espoir. Depuis cette rencontre quatre mois s’étaient écoulés et justement, un peu avant d’aller à l’hôpital pour ma prise de sang j’avais eu une pensée pour Monsieur. J., et je m’en étais confié à ma compagne Ginette, en me demandant s’il s’en était sorti. C’est pourquoi lorsque j’ai vu le docteur qui l’avait soigné, assis dans cette cafétéria, j’en ai profité pour l’accoster même si je ne lui avais jamais parlé auparavant. Il venait de terminer son repas et s’apprêtait à partir. Docteur ? J’étais un voisin de Monsieur. J.,

L'Hôtel de ville de Westmount

L’Hôtel de ville de Westmount

– Vraiment là haut sur la montagne ?, fit il en désignant Westmount le quartier chic et anglophone où résidait Monsieur. J.
– Non docteur, j’étais son voisin de chambre lorsque vous le soigniiez.
– Ah ! Fit-il, visiblement déçu, car Monsieur. J., était un de ses amis.
– En fait, il est décédé, me lança t-il froidement avant de s’en aller sans ajouter un mot. Je réalisais alors que Monsieur. J., était maintenant de l’autre côté du miroir, et ce docteur avait été pour moi son dernier porte-parole. Preuve qu’il existe parfois de belles synchronicités comme celle de Madame Francine Christophe que je ne peu m’empêcher de partager avec vous.Francine ChristopheMais revenons à la chimio. Lorsque commence le traitement je suis insomniaque à cause des nausées, alors je retrouve ce vieux compagnon qu’est mon ordi et je passe une bonne partie de la nuit à surfer sur le net. À cette occasion j’ai découvert le blogue de Mademoiselle Bien-être où elle explique les différents types de messages de nos guides, ces êtres qui selon elle sont là pour nous guider, bien qu’ils ne soient pas «dans la même dimension que nous, et qu’ils ne sont pas incarnés, c’est pourquoi nous ne pouvons ni les voir, ni les entendre. (Mis à part quelques êtres, médiums ou artisans de lumière, par exemple, qui ont la chance de pouvoir converser avec eux comme nous le faisons nous avec nos semblables». Mademoiselle Bien-être dresse alors une liste pour capter les différents types de messages de «nos guides» qui se traduisent le plus souvent sous la forme de synchronictés qui se présentent à nous dans les rêves, la numérologie ou dans les conversations qui «passent». Selon cette blogueuse, une des plus jolies façons qu’ils ont «de communiquer avec nous, c’est en faisant apparaître sur notre route des plumes. Ces petites plumes apparaissent ici ou là, bien souvent dans des endroits improbables.» Pour en découvrir la signification particulière sachez qu’il existe à priori une couleur pour chaque couleur de plume.

plume

Face à mon ordi je lisais les explications sur la signification des plumes et je trouvais ça franchement déjanté. Je me suis alors demandé qu’elle place occupait les plumes dans mon prope blogue, et j’ai tapé le mot «plume» dans mon moteur de recherche. Trois pages sont alors apparues, la première parlait de la «Déesse Arianrhod qui changeait d’apparence en se transformant en une grande chouette qui, à travers ses yeux perçants, voyait «même dans l’obscurité de l’inconscient et dans l’âme humaine». En se déplaçant et en volant furtivement dans la nuit, elle propageait de ses ailes guérison et réconfort à ceux qui avaient besoin». Cette page était tirée du dernier article que j’avais publié sur mon blogue. La seconde s’intitulait Guérir grâce à la visualisation symbolique un articletraitant des premières représentations d’êtres ailés anthropomorphes. Enfin dans le troisième article intitulé Au coin de la rue, le bonheur! , j’avais glissé la vidéo de Plume intituée Salusoleil. Joli clin d’oeil finalement! neiguanIl était trois heures-dix quand j’ai fermé l’ordi et que je suis allé me coucher. J’avais pris des gravols et pratiqué un point de digiponcture contre les nausées que mon amie Johanne Johnson venait de m’envoyer. Selon elle, il suffisait de masser le point Neiguan à 3 doigts du pli du poignet et entre les 2 tendons. On peut mettre un aimant également à cet endroit. Les nausées étaient un peu passées mais je tardais à m’endormir, et il était quatre heures passées quand je me suis souvenu de la vidéo que venait de m’envoyer mon amie Maya et je ne pu m’empècher de sourire.

Alanis

Et j’ai souri de nouveau aujourd’hui alors que je montrai à ma douce cette vidéo d’un musicien mongol perché sur le toit du monde  et qu’elle m’a dit tu n’as pas remarqué les ailes? Les ailes?  Euh non! Les ailes? Ah oui!Le grand mongol

Retour …

p.jCette quatrième opération a duré huit heures, mais elle n’a pas atteint le but recherché puisque les chirurgiens n’ont pu enlever totalement la partie du foie qu’ils comptaient opérer.

À mesure que l’opération progressait, ils ont découvert plusieurs nouvelles métastases qui indiquent que la maladie a progressé relativement rapidement. La récupération post-opératoire a été très difficile et j’ai dû subir plusieurs transfusions (sanguines et potassium) pour réactiver mes signes vitaux.

Depuis, je suis de retour à la maison et tranquillement je me réapproprie mon corps…

La suite des choses

Selon le nouveau plan de match. je vais reprendre la chimio d’ici quelques semaines puisque mon corps avait bien réagi au 11 premières séances. D’ci là, je vais travailler à reprendre des forces pour affronter ce nouveau défi. La bonne nouvelle dans toute cette histoire c’est que les métastases n’ont pas migré. Les médecins s’assurent que j’ai encore une chance de m’en tirer.  On s’en reparle. D’ici-là soyez heureux et profitez de la vie !plus-serein-le-voyage-meditation_3950793-L

Mon voisin, le curé des «Grands bois»

PJDans le hameau où je réside, nous sommes quelques maisons disséminées à l’orée de l’immense forêt laurentienne. Cabanes oubliées aux confins de la civilisation occidentale, nous partageons notre existence avec les chevreuils, les loups, les ratons laveurs et avec une cinquantaine d’oiseaux et autres animaux sauvages. À quelques maisons de chez moi, vit mon voisin le curé et son compagnon, un dogue poilu aux crocs bien acérés qui l’accompagne partout.

Ce jour là j’avais eu à combattre de puissantes poussées de fièvre dans la journée et au cours de la nuit. En matinée je décidai d’aller marcher pour me changer les idées. Je pris ma cane et mon parapluie pour me protéger des rayons du soleil et commençais à avancer péniblement, le souffle court. Au bout d’un moment j’entendis marcher derrière moi. C’était le curé qui venait vers moi avec son chien. Une fois à mes côtés il me salua puis me lança : « Attention à ne pas attraper un coup de soleil ». Je lui bredouillai un « Non, pas de problème » et il poursuivit sa route et moi la mienne. Je ne me sentais pas trop bien en fait en dedans ça devait ressembler à ceci:

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Une quinzaine de minutes plus tard j’arrivais devant notre maison. Le premier soleil printanier avait rassemblé quelques voisins qui discutaient après le long hiver. Je me joignis au groupe qui s’informa de ma santé. C’est alors que le curé, qui s’était joint au groupe compris pourquoi je me promenais avec un parapluie. C’était à cause de la chimio bien sur ! Il était mal à l’aise et s’excusa de sa plaisanterie, s’informa de ma santé. Je le rassurais, il n’y avait aucun problème, mais finalement je préférais rentrer car j’étais fatigué…

thermoLa nuit fut chaotique avec de fortes fièvres, je n’avais d’autre choix que de me rendre en ville pour entrer à l’urgence. Ma compagne Ginette fit le chemin en une heure et demie, et à 14 heures nous arrivions à l’urgence de l’hôpital. Comme nous étions la veille de Pâques je me disais qu’il faudrait s’armer de patience, car durant les fêtes le personnel est toujours forcément plus restreint dans les hôpitaux québécois. En fait tout se passa très bien, mon oncologue qui est type formidable, fit bientôt son apparition et recommanda un scan de l’abdomen pour voir s’il n’y avait pas d’infection suite à l’embolisation. Le médecin de garde me fit passer une batterie de tests sanguins, rayons x, prélèvements urinaires.  Verdict : aucune infection ne fut trouvée, mais le médecin constata qu’une partie de mon foie était mort suite à la dernière opération, ce qui en soit est une excellente nouvelle. Ma quatrième opération restait donc prévue pour le début mai. Il était 22 heures quand Ginette et moi quittèrent l’hôpital. On décida de dormir en ville et de retourner à la campagne le lendemain. Dans la nuit je fus pris d’une crise de grelottement intense comme je n’en avais jamais vécue de ma vie. Je gobais une pilule de tylenol tel que prescrit par le médecin et continuai à grelotter intensément pendant une demie-heure, puis je m’endormis. Au matin ça allait mieux, on pris alors le chemin de la campagne. I

Ce chaman de curé

soleilEn ce matin de Pâques le soleil plombait sur la campagne. Ce premier soleil printanier nous incita, Ginette et moi à prendre la clef des champs. Nous avons marché. un long moment sur le chemin de terre boueux. Soudain une voiture s’arrête, c’était encore le curé! Décidément je ne l’avais jamais tant vu ! En effet depuis quinze ans, je l’ai peut-être rencontré une fois par année et nous n’avons jamais eu de conversation très étoffée. Par contre cette fois-ci, il coupa le moteur de son Jeep et on a discuté une bonne grosse demi-heure. Il promit qu’il passerait me voir en fin de journée. En le quittant je ne pus m’empècher de penser à ces vers de Brassens :

Le ciel en soit loué, je vis en bonne entente
Avec le père Duval, la calotte chantante
Lui le catéchumène, et moi, l’énergumène
Il me laisse dire merde, je lui laisse dire amen

À l’apéro le curé cogna à la porte, tel que promis. Notre fils Lucien était présent et nous recevions des amis. Il refusa un verre de vin, prétextant qu’en cette journée de Pâques il était très occupé. Il me proposa de marcher dehors avec lui. Je le suivais intrigué… On discuta longtemps. Il était surpris par ma foi, même si personnellement je ne suis pas un catholique pratiquant et que même si je suis baptisé je ne m’identifie à aucune religion, car je pense que les croyants de quelques religions que se soit prient tous le même Dieu. Il en vint quand même à me proposer une médaille, de Saint-Pérégrin, le Saint-patron des cancéreux et des sidéens. Un saint dont je n’avais jamais entendu parlé avant.

ST PeregrinD’après la notice, je remarquais qu’il était natif de Forli en Italie, un endroit que Ginette et moi avions visité en 1979. Le curé m’avoua qu’il ne croyais pas au hasard et me proposa un nouveau baume. Il sortit alors de ses poches une petite boîte ronde, vraisemblablement en or ou étaient gravées les lettres O. I sur le couvercle. Il m’expliqua que cette huile de guérison était destinée aux malades. Il me demanda si je souhaitais qu’il m’en applique sur le corps. – Après tout pourquoi pas ? Il parut vraisemblablement surpris par ma réponse. Il m’expliqua qu’il devait me bénir mais avant il me demanda si je n’avais pas des choses sur la conscience ? Qui n’en a pas ? Il ouvrit alors sa boîte en or et m’appliqua son baume sur le front, puis sur les poignets, tout en traçant des croix et en récitant une prière. Je me sentis bien et le remerciai, tout en l’avertissant que «je ne deviendrai jamais catho» !  Je lui confiais par ailleurs, que mes enfants n’étaient pas baptisés et que mon épouse était apostate. Il admit en effet que la religion catholique était très compliquée avec ces trois personnes qui forment la Sainte Trinité. En rentrant à la maison je me sentais en forme…

amerindiensAujourd’hui en repensant à tout ça il me vient à l’esprit les écrits fabuleux contenus dans les Relations des jésuites , ces Robes noires qui parcouraient l’Amérique au XVIIe siècle pour convertir les autochtones et dont les écrits ont longtemps bercé mon quotidien. Je repense aussi à Julien l’Apostat qui m’a accompagné durant mes études universitaires et à ses dernières paroles qui furent Vicisti, Galilæe « Tu as vaincu, Galiléen ! ». Bref ce chaman de curé a réussi un tour de force; celui de me bénir, de me confesser, et de m’administrer l’Extrême onction. Pas mal pour une famille où le père est non pratiquant, la mère apostate, et où les enfants ne sont pas baptisés! Mais sans doute en va-t-il ainsi de la magie de Pâques, cette fête chrétienne empreinte de paganisme et qui marque la résurrection. Un pas de plus vers la guérison…

route

Un coktail blanc et noir ou l’archéologie de Dieu

« La vie est un mystère qu’il faut vivre, et non un problème à résoudre. »
Gandhi

pierreOnze séances de chimio, sept mois déjà à vivre avec le cancer !  Le premier chapitre se referme tranquillement.  Encore une séance à venir, ensuite, s’ouvrira le deuxième chapitre : opérations, radiothérapie…  L’heure est au bilan.

Ma première réaction est de dire : – Merci la vie, merci à toutes ces personnes, proches ou lointaines, qui me portent avec tant d’amour et de compassion.  Merci, vous m’aidez à vivre et à grandir.  Quelque soit l’endroit où vous vous trouvez sur la terre, votre discours apaisant est le même : – « Tu es un guerrier, tu vas guérir », me dites vous-sans cesse. Dieu vous entende si tel est sa volonté, mais de quel Dieu parlons nous exactement ?   Celui des chrétiens, des juifs, des musulmans, des bouddhistes, des Sumériens, des Égyptiens, des dieux de l’Olympe, des dieux des Hindous ou encore ceux des Amérindiens ?

Une personne qui m’est chère me disait récemment  :- « remercie Dieu pour tout ce qu’il t’accorde et tu vas guérir.  Cette phrase m’a fait réfléchir, puisque personnellement je n’ai jamais réussi à savoir qui était Dieu ?  Je me rappelle qu’en maternelle lorsque les sœurs et les curés nous parlaient de Jésus et de ses miracles, je me disais que j’aimerai bien y croire, mais je n’y parvenais pas, malgré tout le respect que l’Église m’inspirait alors.

Saint Henri 1959-1960

En classe de maternelle à l’école Saint Henri de Châtellerault en 1959-1960. J’ai retrouvé cette photo sur Internet. Merci à cette ancienne collègue de classe qui l’a publiée. Déjà à cette époque je cherchais Dieu sans savoir très bien qui il était.

Progressivement la vie s’est écoulée et puis un jour, j’ai du quitter la terre qui m’a vu naître et c’est au Nouveau-Monde que j’ai finalement passé ma vie.  Une vie généreuse et comblée malgré l’exil; et puis un jour sans crier gare, le cancer a frappé. Bang ! J’avais renoncé depuis longtemps à mettre un visage sur Dieu me contentant de ces vers  de Voltaire dont je remercie mon père de me les avoir avoir légué.: « Mais j’ai sur la nature encor quelque scrupule. L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait pas d’horloger. » .  Cette phrase prend d’ailleurs tout son sens lorsque je regarde, par exemple, ces photos merveilleuses de la Nébuleuse de l’hélice.

L'oeil

La Nébuleuse de l’Hélice est une nébuleuse planétaire se trouvant dans la constellation du Verseau, à environ 700 années-lumière de la Terre. On l’appelle l’œil de Dieu.

yyLe 12 juin 2014, toutes ces notions philosophiques étaient bien loin de moi, alors que je roulais vers Montréal pour annoncer à mon ami François que le cancer m’avait atteint. Malgré tout, je me faisais rassurant et lui assurait que je serai présent pour les prochaines fouilles archéologiques que nous avions programmées. Cette journée là c’était l’anniversaire de naissance de ma sœur Liliane et je pensais à elle et à sa vie la-bas, de l’autre côté de l’océan.  Le soir, j’assistais au service commémoratif de mon ami Maurice, décédé du cancer peu de temps avant.  Ma fille Cloé nous accompagnait, Ginette et moi; elle ne savait encore rien de ma maladie et l’endroit n’était pas des plus approprié pour lui annoncer la nouvelle. Le dmanche, c’était la Fête des pères et les enfants nous avaient rejoints au chalet.  Ils me savaient malade, et ce fut très dur de leur annoncer la nouvelle.

amuDurant l’été, entre deux séances de chimio, j’étais chez mes amis Jean et Anne-Marie, quand Diane la veuve de Maurice, est venue nous voir. Elle avait un cadeau pour moi.  C’était une amulette en os poli à l’effigie d’une tête d’Amérindien aux longs cheveux tressés et noués.  Diane m’a alors expliqué que ce pendentif avait été sculpté il y a longtemps par un shaman amérindien, et qu’il avait protégé Maurice pendant toutes ces années.  J’étais très ému et flatté de recevoir un tel cadeau.  Diane me confia qu’elle ignorait toutefois à quelle tribu il appartenait .

caulaCe pendentif porte la signature de l’artiste gravé à l’endos.  Il s’appelait Caula, mais qui était-il vraiment ce mystérieux Caula ? Vraisemblablement un shaman qui sculptait des amulettes pour conjurer le mauvais sort et les maladies, un peu à la manière d’un membre de la société des faux visages.  C’était en tous les cas un sculpteur accompli qui loup1malheureusement n’a pas laissé sa trace dans le cyber espace.  Était-il un descendant de la  tribu, des Caula  qui habitait le Texas entre 1542 et 1706 ? Peut-être venait-il même d’Arizona où vit un sculpteur qui fait des amulettes traditionnelles représentant des totems de loup en os de bison ?  Je n’ai pas réussi à l’identifier mais peu importe c’était vraisemblablement un guérisseur autochtone et désormais cette breloque fait partie de mon cocktail blanc.  Son pendant noir a une histoire qui remonte à plus de dix millénaires avant la construction de la grande pyramide de Gizeh, mais pour moi, elle commence durant l’hiver 1979.  À cette époque je me trouvais dans le sud de la France avec un ami et nous explorions un mamelon de garrigue balayé par le vent marin.  L’endroit, situé au cœur de l’ancienne province romaine de la Narbonnaise avait abrité un oppidum abandonné depuis bien longtemps.

cala

L’oppidum du cala ou fut trouvée le pendentif noir

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Reconstitution dun oppidum gaulois

amu1Parvenu sur le mamelon, mon ami trouva un petit galet noir très lisse et de forme oblongue.  Il le ramassa et découvrit qu’il était percé en son sommet afin de laisser passer un cordon.  C’était assurément une ancienne amulette qui avait peut-être été portée par un soldat romain, ou bien par un gaulois ou une gauloise ?  Trente-cinq ans passèrent et j’oubliais complètement cette histoire qui me revint en mémoire durant la nuit de noël 2014.  J’étais à la campagne avec ma famille, et nous développions nos cadeaux.  J’étais heureux, car auprès de moi se tenait cet ami si cher, avec qui j’avais trouvé l’amulette trente-cinq ans plus tôt.  Il me tendit une petite boîte carrée enveloppée dans du papier de noël et  à l’intérieur de laquelle se trouvait le fameux pendentif noir.

Quel cadeau que ce puissant «flash back» qui allait me conduire sur le sentier d’une bien étrange découverte.  En tant qu’archéologue j’ai passé ma vie à faire de la recherche et l’origine de ce petit pendentif m’entraîna tout naturellement au cœur du pays Basque, dans une grotte où furent retrouvées des pendeloques similaires à la mienne. Cette grotte, découverte en 1983 par Mikel Sasieta  et Juan Arruabarrena a livrée une collection unique de pendentifs qui remontent au paléolithique supérieur et plus précisément à la période du Magdalénien (entre 17000 et 11500 ans avant aujourd’hui).

A cette époque, nos ancêtres directs vivent dans un environnement hostile.  Certains d’entre eux s’installent dans des grottes et chassent le cerf, le renne, le bison, l’auroch, le cheval et le mammouth.  Ils pèchent également truites et saumons qui abondent. C’est alors qu’apparaissent les premières manifestations artistiques humaines, dont les les fameuses pendeloques fabriquées à partir de galets.magdaléen3

Les pendeloques sont alors ornées de motifs décoratifs constitués d’incisions régulières, alignées ou placées en bandes parallèles, mais dont la signification exacte s’est perdue au fil des âges.

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Ces motifs étaient-ils purement décoratifs ?  Assurément non et à mon avis ils constituent l’une des toutes premières représentations divine, tout comme celle  de la déesse mère ou les symboles de fertilité que l’on retrouve sur certains colliers retrouvés à – La grotte de Praileaitz I (Deba)

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Mais revenons à mon amulette.  En l’examinant rigoureusement on peut voir d’un côté une amu1alongue incision verticale très légèrement courbée à la base. Puis à l’endos, une autre incision similaire, mais nettement plus rectiligne.  Bien que ce type de décoration particulière n’apparaisse pas dans la collection d’artefacts de la grotte du pays Basque, on peut assurément lui attribuer une fonction de fertilité associée à une représentation vulvaire de la déesse mère ou à un ex-voto de fécondité. Cette amulette a été trouvée à environ 500 km de la grotte, il y a donc fort à parier qu’elle appartienne à la même tradition et à la même culture matérielle qui prévalait dans le secteur il 15 500 ans.

Curieux voyage temporel que ce cocktail d’amulettes.  Celle de Caula me touche particulièrement en tant qu’Indien blanc d’Amérique, mais celle de l’oppidum du Cala avec son nom presque identique à Caula, provoque une synchronie qui me rapproche malgré moi de mes racines basques… Mais au-delà du hasard et  des représentations les plus anciennes de la déité je constate qu’ à travers ce cocktail blanc et noir je contemple simultanément deux visages oubliés des Dieux des anciens.

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